Ismail Kartal démissionne en conférence de presse après Fenerbahçe-Roma en Ligue des champions

Vérifié par Emma Dubois
Résumé

İsmail Kartal annonce sa démission en conférence de presse après le 1-1 entre Fenerbahçe et la Roma en Ligue des champions le 10 septembre 2026. Le président Yıldırım refuse.

12 min de lecture

L’entraîneur de Fenerbahçe, İsmail Kartal, 65 ans, a annoncé sa démission lors de la conférence de presse d’après-match, quelques minutes seulement après le match nul 1-1 de son équipe face à l’AS Roma lors de la première journée de la phase de ligue de la Ligue des champions, le jeudi 10 septembre 2026 à Istanbul. Le président du club, Aziz Yıldırım, a immédiatement refusé d’accepter cette démission, déclarant publiquement que Kartal restait en poste — plongeant le géant turc dans une crise institutionnelle stupéfiante en plein retour européen.

Cet épisode, survenu au stade Şükrü Saracoğlu d’Istanbul devant des dizaines de journalistes abasourdis, constitue l’un des moments les plus surréalistes de cette première journée de Ligue des champions 2026-2027. Alors que le résultat contre la Roma n’avait rien de déshonorant — un nul arraché en seconde période grâce à l’Anglais Archie Brown — Kartal a choisi ce moment précis pour annoncer qu’il quittait ses fonctions, « pour ne jamais revenir ».

Une démission fracassante en direct

La scène restera dans les annales du football turc. İsmail Kartal s’est présenté devant les médias après le coup de sifflet final et, sans prendre de questions, a livré une déclaration qui a glacé la salle de presse. « Ce soir, je félicite mes joueurs et j’annonce ma démission de mon poste », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par la BBC. Il a ajouté : « J’ai pris cette décision pour ouvrir la voie à mon club. Je démissionne de mes fonctions, avec la ferme intention de ne jamais revenir. Bonne soirée à tous. »

L’entraîneur turc n’a accepté aucune question des journalistes. Il s’est levé et a quitté la salle, laissant derrière lui un silence stupéfait. Le quotidien turc ASpor a rapporté ses mots exacts en turc : « Bir daha asla dönmemek kaydıyla görevimden istifa ediyorum » — « Je démissionne de mon poste, à la condition de ne jamais revenir. »

L’annonce a d’autant plus surpris qu’elle est intervenue après un résultat qui n’avait rien de catastrophique. Fenerbahçe, de retour en Ligue des champions après une longue absence, avait arraché le match nul face à l’un des favoris de la compétition. Selon plusieurs sources turques, un objet aurait été lancé en direction de Kartal pendant le match, un incident qui pourrait avoir contribué à précipiter sa décision.

Le match : Cristante ouvre le score, Brown égalise

Sur le terrain, la rencontre entre Fenerbahçe et l’AS Roma avait pourtant offert un scénario encourageant pour les supporters stambouliotes. La Roma a ouvert le score à la 39e minute par l’intermédiaire de Bryan Cristante, servi par Donyell Malen. Les Italiens ont regagné les vestiaires avec l’avantage au tableau d’affichage (0-1).

Mais dès la reprise, Fenerbahçe a réagi avec vigueur. À la 47e minute, soit deux minutes après le retour des vestiaires, l’Anglais Archie Brown a égalisé d’un tir du pied gauche depuis le centre de la surface de réparation, sur une passe décisive de Mason Greenwood. Le score en est resté là : 1-1, un résultat honorable pour les débuts de Fenerbahçe dans cette nouvelle phase de ligue élargie à 36 équipes.

L’un des moments les plus mémorables de la soirée, au-delà de la démission elle-même, a été la réaction d’Archie Brown. Le défenseur anglais, interrogé en zone mixte par les médias britanniques, a appris en direct que son entraîneur venait de démissionner. Son visage, capturé par les caméras de la BBC, est passé de la satisfaction post-match à la stupéfaction totale. « What do you mean? » (« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »), a-t-il lâché, visiblement choqué par la nouvelle.

Yıldırım refuse la démission : « Tant que je suis là, Kartal est l’entraîneur »

La réponse du président Aziz Yıldırım n’a pas tardé. Quelques minutes après la déclaration de Kartal, le patron de Fenerbahçe a pris la parole devant les médias pour contredire frontalement son entraîneur. « Tant que je suis là, İsmail Kartal est l’entraîneur en chef. Il ne peut pas partir tant que moi je ne pars pas », a déclaré Yıldırım, selon les propos rapportés par The Guardian.

Le président a également ajouté, dans un ton paternaliste qui a fait réagir la presse turque : « Je suis son aîné, je lui ai dit de continuer et c’est tout. » Yıldırım a également fait référence à l’incident survenu pendant le match — un objet lancé en direction du banc — comme un facteur ayant pu influencer l’état émotionnel de Kartal au moment de sa déclaration. Selon USA Today, Kartal est, au moins officiellement, toujours en poste vendredi matin.

Cette situation inédite — un entraîneur qui démissionne publiquement et un président qui refuse cette démission dans la foulée — pose des questions fondamentales sur la gouvernance du club et sur la relation entre les deux hommes. En Turquie, le pouvoir des présidents de club est traditionnellement considérable, et la capacité de Yıldırım à maintenir Kartal en poste contre sa volonté déclarée illustre la dynamique particulière du football turc.

Kartal et Fenerbahçe : un quatrième mandat tumultueux

La démission avortée de Kartal est d’autant plus frappante qu’elle intervient seulement trois mois après sa nomination, en juin 2026, pour ce qui constitue son quatrième mandat à la tête de Fenerbahçe. Né le 15 juin 1961 à Istanbul, dans le quartier d’Anadolu Kavağı, Kartal est un pur produit du club : il y a été joueur pendant dix ans, de 1983 à 1993, évoluant au poste de défenseur droit.

Sa carrière d’entraîneur l’a d’abord mené dans divers clubs turcs — Karabükspor, Sivasspor (avec lequel il a obtenu la montée en première division en 2004-2005), Konyaspor, Eskişehirspor, Gaziantepspor, MKE Ankaragücü (montée en 2017-2018), Çaykur Rizespor, et même un passage à l’étranger au Persepolis en Iran. Son premier mandat d’entraîneur à Fenerbahçe remonte à 1997-1999.

Il est ensuite revenu au club comme entraîneur adjoint entre 2010 et 2014, avant de prendre les rênes de l’équipe première pour deux périodes successives : 2013-2014 et 2014-2015. Lors de cette dernière saison, il a remporté la Supercoupe de Turquie. Plus récemment, il avait dirigé le club lors de la saison 2023-2024, compilant un bilan remarquable de 45 victoires, 6 nuls et 7 défaites en 58 matchs — un ratio de 2,7 points par match selon Transfermarkt — avant de céder sa place.

Rappelé en juin 2026 après le départ de José Mourinho (licencié en août 2025 suite à l’élimination contre Benfica en barrages de Ligue des champions), Kartal avait la mission de ramener Fenerbahçe au plus haut niveau européen. En neuf matchs depuis le début de la saison 2026-2027, son bilan affiche une moyenne de 2,22 points par match, un rendement honorable.

Football coach at post-match press conference podium in stadium media room

Les réactions dans le vestiaire et au-delà

La scène de la zone mixte, où Archie Brown a appris la nouvelle en direct, a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Le défenseur anglais, auteur du but égalisateur, n’avait visiblement pas été informé de la décision de son entraîneur avant de se retrouver face aux caméras. Son expression de choc, capturée par les diffuseurs, est devenue l’image emblématique de cette soirée chaotique.

Du côté de la Roma, l’entraîneur Daniele De Rossi a pris connaissance de la situation après sa propre conférence de presse. Le club romain, qui a vu Bryan Cristante marquer et Donyell Malen se distinguer par sa passe décisive, repartait d’Istanbul avec un point qui constitue un résultat acceptable pour une première journée à l’extérieur.

En Turquie, la presse sportive a abondamment commenté l’épisode. Le quotidien sportif ASpor a titré en caractères gras la déclaration de Kartal, tandis que les analystes de la chaîne beIN Sports Turkey ont débattu pendant des heures de la signification de cet acte. Plusieurs observateurs ont noté que Kartal n’avait accepté aucune question, ce qui suggère que sa décision était préméditée et non le fruit d’un coup de sang momentané.

Le contexte : Fenerbahçe entre ambition européenne et tensions internes

Pour comprendre cette crise, il faut replacer la situation dans le contexte plus large de Fenerbahçe. Le club stambouliote, l’un des trois grands du football turc avec Galatasaray et Beşiktaş, traverse depuis plusieurs saisons une période de turbulences. Le passage de José Mourinho, aussi bref que controversé, avait laissé des traces au sein de l’effectif et de la direction. Le « Special One » avait été licencié en août 2025 après l’élimination en barrages de la Ligue des champions face à Benfica, mettant fin à une aventure d’un peu plus d’un an.

Le retour de Kartal, figure historique du club, avait été présenté comme un choix de stabilité et de continuité. Le président Yıldırım, qui entretient une relation personnelle de longue date avec Kartal — les deux hommes sont liés par des décennies au sein de l’écosystème de Fenerbahçe — avait parié sur l’expérience et l’attachement émotionnel de l’entraîneur au club.

Mais cette même proximité semble être devenue un piège. En refusant publiquement la démission de Kartal, Yıldırım a démontré un pouvoir absolu sur les décisions sportives du club, un fonctionnement qui soulève des interrogations sur l’autonomie réelle de l’entraîneur dans l’exercice de ses fonctions. En Ligue des champions, où la plupart des grands clubs européens fonctionnent avec des structures de gouvernance plus modernes, cette dynamique apparaît comme un anachronisme.

Résumé du match Fenerbahçe 1-1 AS Roma

DétailFenerbahçeAS Roma
Score final11
ButeurArchie Brown (47′)Bryan Cristante (39′)
Passeur décisifMason GreenwoodDonyell Malen
Mi-temps01
CompétitionLigue des champions 2026-2027, 1ère journée
Date10 septembre 2026
LieuStade Şükrü Saracoğlu, Istanbul

Une première journée européenne déjà riche en surprises

L’épisode Kartal n’est que le chapitre le plus spectaculaire d’une première journée de Ligue des champions 2026-2027 qui a offert son lot de surprises et de drames. Ailleurs en Europe, cette même soirée du 10 septembre a vu le Bayern Munich écraser Bodø/Glimt, Manchester United surclasser Sabah, et le PSV et le Shakhtar Donetsk se neutraliser. Chacune de ces rencontres a contribué à façonner le classement initial de cette nouvelle phase de ligue élargie.

Plus tôt dans la semaine, d’autres moments forts avaient marqué cette première journée. Le RC Lens avait renversé le Slavia Prague 3-2 en temps additionnel dans un scénario haletant, tandis que le PSG avait écrasé le Slovan Bratislava 6-1 avec un triplé de Ferran Torres — une soirée au cours de laquelle Yaya Touré était devenu le premier entraîneur africain à diriger un match de phase de ligue de la Ligue des champions.

Fenerbahçe, avec son point arraché face à la Roma et cette crise de vestiaire immédiate, incarne les contradictions d’un club qui aspire à la grandeur européenne tout en étant englué dans des dynamiques de pouvoir internes qui appartiennent à une autre époque du football.

La carrière d’entraîneur d’İsmail Kartal

PériodeClubRésultat notable
Juin 2026 – en coursFenerbahçe (4e mandat)1-1 vs Roma en Ligue des champions
2023-2024Fenerbahçe (3e mandat)45V-6N-7D en 58 matchs
2017-2018MKE AnkaragücüMontée en Süper Lig
2014-2015Fenerbahçe (2e mandat)Supercoupe de Turquie
2013-2014Fenerbahçe (intérim)
2010-2014Fenerbahçe (adjoint)
2004-2005SivassporMontée en Süper Lig
1997-1999Fenerbahçe (1er mandat)

Et maintenant ? L’incertitude plane sur le banc de Fenerbahçe

Au matin du vendredi 11 septembre 2026, la situation reste ambiguë. D’un côté, Kartal a déclaré publiquement, devant des dizaines de caméras et de journalistes, qu’il quittait ses fonctions « pour ne jamais revenir ». De l’autre, le président Yıldırım a affirmé avec la même force que Kartal restait en poste. Aucun communiqué officiel du club n’a été publié pour clarifier la situation.

Les prochains jours seront déterminants. Fenerbahçe doit reprendre la compétition en Süper Lig turque, et la question de savoir qui dirigera l’équipe lors du prochain match est ouverte. Si Kartal maintient sa position et refuse de revenir sur le banc, Yıldırım sera contraint de trouver un successeur — le sixième entraîneur en trois ans pour le club stambouliote.

Pour l’heure, aucun nom de successeur potentiel n’a circulé dans la presse turque. Mais l’épisode souligne une réalité préoccupante pour Fenerbahçe : le club peine à offrir un environnement de travail stable à ses entraîneurs. De Mourinho à Kartal, le banc de touche de Fenerbahçe est devenu un siège éjectable, et cette instabilité chronique constitue un obstacle majeur aux ambitions européennes du club.

Cette crise intervient au pire moment possible pour Fenerbahçe, qui doit enchaîner les matchs dans une phase de ligue de Ligue des champions exigeante. Avec un point en une journée, le club turc n’a pas encore hypothéqué ses chances de qualification pour les phases à élimination directe — mais la stabilité institutionnelle sera une condition nécessaire pour espérer rivaliser avec les meilleurs clubs du continent dans les semaines à venir.

Sources

Photo: User:Zafer, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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Camille Moreau, LifeBogger author

Camille Moreau

Bonjour ! Je suis Camille Moreau et j'écris pour les lecteurs francophones de LifeBogger sur l'enfance et la biographie des footballeurs. Je consacre mon temps à explorer leurs origines, leur famille et leurs premières années — ces récits qui précèdent largement la gloire. Ce sont souvent les détails les plus discrets qui expliquent le mieux une carrière.

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